Questions / Réponses avec les auteurs

La radioactivité du site est elle dangereuse ?

Les éléments radioactifs principaux qui ont été émis par le réacteur étaient l'iode, le tellure, le baryum, le césium, le strontium et des traces de plutonium.

25 ans après l'explosion du réacteur 4 de Tchernobyl, il reste surtout deux isotopes, le strontium et le césium qui sont présents en concentration relativement importante autour de la centrale. Cette radioactivité n'est pas homogène sur le territoire et il faut évoluer sur le site à l'aide de compteurs Geiger qui mesurent la radioactivité afin d'éviter les zones très contaminées.

La radioactivité naturelle à Paris par exemple est d'environ 0,08μSv/h (micro sievert par heure) Nos relevés durant la visite sont allés de 0.10μSv/h à 450μSv/h. Avec le matériel adéquat, une période d'exposition courte et une vigilance de tous les instants, la visite n'est pas dangereuse.

Avez vous rencontré des gens sur place ?

Quelques travailleurs et les gardes armés aux barrages qui ferment la zone interdite. Ces travailleurs ne restent pas sur le site en permanence : pour des raisons sanitaires, ils effectuent des cycles de 4 jours sur la zone, alternés avec 3 jours en zone "propre" loin de Tchernobyl.

Qu'avez vous ressenti sur place ?

Le temps s'est arrêté à 30km à la ronde ; pas de cultures ni d'élevages, de rares humains, une végétation qui a repris ses droits et pousse sauvagement en plein milieu des immeubles. Le silence est saisissant. Les affiches soviétiques, les masques à gaz omniprésents nous rappellent qu'il s'agit d'une époque révolue, d'un site figé dans l'Histoire ; d'où l'importance de témoigner et d'archiver des photographies du lieu, tant qu'il est encore debout.

Combien de temps êtes-vous restés sur place ?

Nous sommes restés une semaine sur place, avec un guide et un chauffeur ukrainiens dédiés à notre expédition.

Faut il des permissions pour rentrer dans la zone d'exclusion ?

Oui, il faut des permissions de l'agence officielle Ukrainienne Interform pour pénétrer dans la zone, et d'autres accréditations encore pour accéder au réacteur 4. Elle sont délivrées au cas par cas mais sont suspendues depuis quelques mois.

Quel matériel avez-vous utilisé ?

Essentiellement des Nikon D3 munis de grands angles, de 50mm et d'objectifs dédiés à la macro. Les trépieds étaient protégés du contact au sol pour ne pas être contaminés par des poussières radioactives.

Aviez-vous de quoi mesurer la radiocativité ?

Un compteur geiger par personne, réglé avec des seuils afin d'être alertés en cas de forte concentration d'éléments radioactifs. Nous avons mesuré le débit de dose en temps réel ainsi que ce que nous avons engrangé au total sur la zone.

Quelles sont vos sources lorsque vous annoncez les morts et les cancers dûs à l'accident de Tchernobyl ?

En effectuant des recherches sur les victimes de Tchernobyl depuis 1986, on trouve toutes sortes de chiffres, mais très peu dont les sources sont fiables. Nous avons préféré nous concentrer sur les rapports dont les données sont vérifiables.

Le nombre de 300 décès que nous avançons, vient de l'ouvrage de Bernard Lerouge "Tchernobyl, un nuage passe..." (page 175) dont les chiffres proviennent du dernier rapport du Forum de Tchernobyl. Ce dernier concerne le nombre de décès réels dûs à la catastrophe de Tchernobyl, et a été publié en 2006. Il est trouvable ici (pdf) http://www.iaea.org/Publications/Booklets/Chernobyl/chernobyl.pdf

Ce forum est un rassemblement de 8 organismes internationaux, dont notament le WHO, qui a publié le rapport de 2006 repris par le forum, trouvable ici (pdf) http://www.who.int/ionizing_radiation/chernobyl/who_chernobyl_report_2006.pdf Ce dernier rapport remplace celui de l'UNSCEAR publié en 2001.

Les 300 décès peuvent se partager ainsi : - environ 50 morts parmi les opérateurs, pompiers et liquidateurs, juste après la catastrophe. - 216 décès prouvés parmi les liquidateurs dans les années 90 (rapport du WHO page 102). Il s'agit de l'excès de mortalité démontré dans le groupe des liquidateurs dans les 15 années qui ont suivi l'accident.

Le rapport du forum essaie d'estimer l'excès de mortalités totales prévues (passées et à venir) dans toute la population. En appliquant la relation linéaire sans seuil à tous ceux qui ont été exposés à des niveaux de radiation pour lesquels cette relation est valide on obtient le chiffre de 4000 cancers. Ce n'est qu'un ordre de grandeur, et ce chiffre a très certainement été révisé à la hausse depuis (il se siturait plutôt autour de 6-8000 cancers).

Que signifie le sous titrage du livre en russe (мирный атом) ?

Cela signifie l'Atome Pacifique. Ce slogan russe, très populaire dans les années 70, servait de surnom aux villes bâties à côté des centrales nucléaires pour les travailleurs et leurs familles, comme c'était le cas pour Pripyat. Ce surnom marque la confiance que mettaient les Russes en cette source d'énergie à usage non militaire, qui était alors considérée comme l'une des plus sûres de l'époque.